Face au déclin du nombre d’ophtalmologistes, ces professionnels de santé, méconnus du grand public, doivent évoluer.

En France, plus de la moitié de la population porte des lunettes, soit 33 millions de personnes. Entre 10 et 20% des enfants sont atteints de troubles de la vue, et près de 60% des seniors. Si les ophtalmologues prescrivent les verres correcteurs, le rôle de l’opticien consiste à effectuer des contrôles de vue et à prendre les mesures nécessaires pour adapter parfaitement les verres en fonction des lunettes choisies et de la forme du visage (écart interpupillaire, centrage…). Réglementée par le code de santé publique, la profession d’opticien fait partie des professions paramédicales. Aucun numerus clausus ou quota n’existe, ni à la formation ni à l’installation.

12 000 magasins d’optique (+41% en 10 ans), qui emploient 27 340 opticiens.

Ainsi, depuis dix ans, leur nombre n’a cessé de croître dans l’Hexagone, passant de 10 012 en 2000 à 27 340 en 2013, tandis que le nombre de points de vente augmentait de 41% entre 2002 et 2012. La profession, longtemps masculine, se féminise sensiblement (51,4% de femmes). Les jeunes continuent à être attirés par ce métier qui, comme beaucoup d’autres, n’échappe pas au phénomène de désertification médicale. Pour exercer leur activité, les opticiens choisissent d’être indépendants ou rattachés à une enseigne. Aujourd’hui, les enseignes représentent près de 70% du chiffre d’affaires français de la vente d’équipements optiques.

En tant que professionnel indépendant et responsable, l’opticien s’engage à donner au client une réponse appropriée à ses problèmes de vision. « L’opticien est un acteur de santé et de proximité, compétent et disponible. Malheureusement, il ne bénéficie pas d’une image positive. Nous devons multiplier les efforts de communication pour faire évoluer les choses. Nos clients ont surtout besoin d’accompagnement », explique Alain Gerbel, président de la Fédération nationale des opticiens de France (FNOF). Même opinion au Syndicat des opticiens entrepreneurs (Synope) et à l’Union des opticiens (UDO), premier syndicat à avoir signé une charte éthique avec la Fédération française des sociétés d’assurances (FFSA) en 2004. Celle-ci comporte sept points et spécifie notamment que « l’opticien doit faire sa proposition d’équipement en fonction des besoins visuels du client, et non en fonction de ses capacités de remboursement ». Une déontologie affirmée, mais pas toujours perçue comme telle par le grand public. C’est pour renforcer la reconnaissance du métier d’opticien que le groupe Optic 2000 a mis en place, il y a quatre ans, avec l’Association française de normalisation (Afnor) et plusieurs autres enseignes, une certification de services Qualité en optique. « Il s’agit d’un référentiel bâti autour de quinze engagements sur lesquels les magasins sont audités chaque année. Il garantit la qualité du service pour le client », précise Thomas Le Vigoureux, directeur des relations humaines et du réseau Optic 2000. Jusqu’à présent, 1 458 magasins, toutes enseignes confondues, ont obtenu cette certification, et 1 200 sont en cours d’attribution.



Joëlle Nermon, directrice des partenariats santé d’Optic 2000

  • Que pensez-vous de la pression actuelle sur les tarifs en optique ?
    Les débats se focalisent surtout sur le prix des équipements. Mais les enjeux liés à la santé visuelle, tels que la qualité de la prise en charge, l’optimisation du parcours de soins et la coordination de ses acteurs, méritent plus qu’une simple approche comptable.
  • Comment s’adaptent les opticiens Optic 2000 ?
    Pour garantir l’expertise des opticiens de notre réseau, nous avons par exemple mis en oeuvre l’agrément Partenaire et Professionnel de santé (PPS) qui valorise les pratiques professionnelles en matière d’examen de vue et d’accompagnement lors de la délivrance des lentilles de contact. Depuis 2008, l’agrément Spécialistes Basse Vision implique aussi, pour les 145 opticiens agréés, un investissement spécifique en termes de formation, de matériels et de disponibilité.

source : argusdelassurance.com

Des mesures envisagées par Bercy divisent opticiens et ophtalmologues.

Les ophtalmos doivent, à partir du 18 septembre, indiquer sur les ordonnances la mesure de l’écart qui sépare les pupilles, afin de faciliter l’achat de lunettes sur internet, à un prix plus accessible. Vent debout depuis plusieurs mois, les opticiens voient toujours aussi rouge.

« Selfies* », cartes bleues, mètre de couturières… jusqu’à présent, les méthodes pour prendre soi-même la mesure de l’écart entre ses yeux, afin de faire fabriquer des lunettes correctrices pour les acheter sur Internet tenaient du bricolage.

Nouvelle obligation

Pour y remédier, la loi Hamon, publiée au Journal Officiel en mars a prévu d’obliger les ophtalmologues à indiquer sur l’ordonnance ce fameux « écart pupillaire » qui doit servir à centrer les verres correcteurs. Comme ces praticiens avaient 6 mois pour s’y préparer, c’est à partir de ce 18 septembre que cette mesure entre en vigueur. Au-delà du simple détail technique, le but était de faciliter cette nouvelle forme de concurrence qu’est la vente de lunettes en ligne, afin d’en faire baisser le prix.

Cette nouveauté ne fait évidemment pas les affaires des opticiens « physiques » traditionnels. « Pour les presbytes par exemple, ne mesurer que deux écarts pupillaires ne suffit pas, mais bien sûr, cela, nos jeunes énarques ne le savent pas!« , tempête Philippe Peyrard, le directeur général d’Atol. Le dirigeant de la deuxième enseigne de distribution d’optique en France ajoute que dans ses points de vente, ce sont pas moins de cinq mesures qui sont prises pour assurer le bon centrage des lunettes.

Recommandations d’assureur

D’autres acteurs, comme l’assureur ciblant les professionnels de santé, MACSF, conseillent aux ophtalmos de préciser sur l’ordonnance qu’il vaut mieux faire fabriquer ses lunettes par un opticien « physique« . Il recommande d’écrire cet avertissement:

Votre ophtalmologiste a indiqué votre écart pupillaire sur cette ordonnance, mesure nécessaire mais insuffisante pour garantir une adaptation satisfaisante et un bon confort visuel avec vos nouveaux verres. Il recommande un contact physique avec un opticien.

Compte tenu de nouvelle donne, quid des nouvelles réponses commerciales? Chez Atol, pour l’instant, aucune n’est annoncée. « Pourquoi changer?« , lance Philippe Peyrard, qui met seulement en avant les services « web-to-store » permettant de choisir sa monture en ligne, voire de l’essayer virtuellement avec un système de réalité augmentée avant de la faire fabriquer dans un magasin.

La question des professions réglementées…

Plus largement, des professionnels du secteur, réunis fin septembre lors d’un congrès en région parisienne ont adressé le 12 septembre une lettre au chef de l’Etat pour le convier  - sans succès - à s’exprimer sur l’avenir de cette filière. La rédaction du magazine spécialisé Acuité écrit notamment:

Le secteur optique, qui pèse plus de 6 milliards d’euros, est préoccupé par son avenir et, en particulier, par l’impact économique de la place croissante que prennent les plateformes.

Surtout, des mesures envisagées par Bercy divisent opticiens et ophtalmologues. En effet, y figurerait une extension des facultés de prescription de lunettes par les « opticiens-optométristes », afin de remédier à une pénurie d’ophtalmologues dans certaines régions de France. Le ministère de la Santé a précisé que la création d’un nouveau métier, induite par une telle mesure, n’était pas à l’ordre du jour. Craignant que les opticiens ne se voient autoriser à prescrire des lunettes, le Syndicat national des ophtalmologistes de France s’associe donc à la grève prévue le 30 septembre par les professions libérales.

* Selfie: auto-portrait réalisé avec un téléphone portable.

source : http://www.latribune.fr/

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