Alain Afflelou : « En France, on a l’impression que des gens travaillent pour en financer d’autres »

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novembre 6th, 2013

Category: Business

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Avec plus de 1200 boutiques dans le monde, Alain Afflelou a dégagé près de 770 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2012. L’opticien, présent dans une dizaine de pays, compte désormais conquérir l’Amérique du Nord. L’homme en profite également pour égratigner la concurrence sur internet, qu’il juge « sans avenir », et pour revenir sur sa vie à Londres.

Atlantico Business : Vous avez réalisé 769 millions d’euros de chiffre d’affaires sur 2012 grâce, notamment, aux boutiques françaises de la branche optique. Quels sont vos projets pour les mois qui arrivent ?

Alain Afflelou : On avance beaucoup sur deux gros projets à l’international. Un premier concerne l’Europe du Nord et un second en Amérique du Nord. Les dossiers se présentent bien, nous avons les moyens et la structure de faire les deux. Nous ne pouvons pas encore révéler de quoi il s’agit mais on a bon espoir que cela se fera. Un projet également en Angleterre où c’est autre chose que nous préparons. Ce n’est pas encore abouti, mais c’est avec certitude, quelque chose va se faire.

Dans les années à venir quels sont vos relais de croissance ?

Je pense qu’il y a tout d’abord l’international. On voit par exemple nos bons résultats en Espagne où, contrairement à la situation globale, on assiste à une progression surprenante de nos ventes. Tout cela, c’est parce que l’on a anticipé, communiqué, fait des offres fortes et travaillé sur la qualité de nos produits. Car même si on enregistre 20 % d’actes de vente en moins, et bien les 80 % autres clients veulent de bons produits, au prix juste. L’audio fait aussi partie de nos relais. Si on porte obligatoirement des lunettes à 60 ans, on n’échappe pas non plus au fait que l’on entend moins bien. C’est pour nous une clientèle commune et un marché énorme. Donc j’ai voulu faire savoir, avec cette activité, que c’est normal d’entendre moins bien à un certain âge et que nos produits doivent être vécus comme une aide pour mieux vivre.

Internet peut-il être un relais aussi ? Vous avez été assez critique envers la nouvelle concurrence sur internet comme Sensee ou LeclercOptique.com, vous sentez-vous menacé ?

Non, j’ai toujours dit que personne n’avait l’exclusivité d’internet. Moi, si je n’ai rien fait, c’est que je n’y crois pas, dans ces conditions-là. Qu’on le veuille ou non, on ne choisit pas ses montures comme on choisit un téléphone. Une lunette, c’est la transformation d’une personnalité, d’un visage… Il  faut du conseil, du suivi, de la technicité. Ensuite, il faut un ajustage, des réglages sur le plan du confort. Qui va le faire ? Difficile pour un acheteur sur internet de revenir chez un opticien en demandant : « Vous pouvez me régler mes lunettes ? » Donc tel que cela a été conçu, je confirme que ça n’a pas d’avenir.

Les députés ont voté la limitation des tarifs dans l’optique pour les foyers les plus modestes. Le gouvernement considère-t-il selon vous que vous vendez trop cher ?

Le gouvernement n’a pas compris certaines données du marché, à savoir qu’en imposant un plafond maximum, cela devient un tarif. A chaque fois que l’on impose des limites de remboursement, c’est précisément à cette limite que les gens se mettent. C’est légitime, mais en même temps, c’est anticoncurrentiel et ça ne sert pas les objectifs initiaux qui étaient d’aider les gens modestes à mieux s’équiper. Précisions, qu’avant l’abondance des mutuelles, les gens achetaient des lunettes tous les 4 ans et que ceux qui ont des mutuelles aujourd’hui, achètent en moyenne une paire de lunettes une fois par an. On est en train de rendre la santé gratuite et bientôt les gens trouveront normal de ne rien payer partout. Je crois plutôt que dans toute activité commerciale, le meilleur régulateur, c’est la libre concurrence.

Donc entre les mutuelles, les opticiens et la sécurité sociale, qui ne joue pas le jeu ?

Le fait de dire aux gens, « allez-y, consommez, vous avez le droit jusqu’à tant d’euros », c’est jouer à un jeu qui est déréglé. Car qui en profite ? Le consommateur et le fournisseur. Mais qui est pénalisé ? Les comptes de la sécurité sociale, les comptes des mutuelles. Donc ceux qui font défaut, c’est l’Etat et les ministres de la santé successifs qui n’ont pas pris le problème en main. On est donc face à des considérations et des choix qui sont plus politiques qu’économiques.

Au-delà de cette mesure, ressentez-vous ce ras-le-bol fiscal qu’a la plupart des chefs d’entreprises qui accuse le gouvernement ?

Je crois qu’au-delà du ras-le-bol fiscal, c’est surtout ce à quoi servent ces impôts, ce sentiment de gâchis. On a l’impression que des gens travaillent pour en financer d’autres. Ce n’est même plus de la solidarité. Quand j’entends que les jeunes de 18 à 25 ans sans boulot vont avoir droit à une allocation, je me dis qu’il n’y a pas de prime au travail. Je comprends que la France soit un pays suffisamment riche pour aider les gens qui n’ont pas les moyens de se soigner, mais au-delà de çà, il y a trop de choses qui ne sont pas en rapport avec la situation actuelle et l’état de la France.

La France, vous l’avez justement « temporairement quitté » pour des projets londoniens l’an passé. Avec le recul, êtes-vous devenu plus indulgent avec ceux qui vous ont accusé d’exil fiscal à cette époque?

Je n’ai pas à être indulgent car je n’ai pas été accablant à leur endroit. Chacun pense ce qu’il veut. Moi, je vis à Londres et j’y travaille. Je vois tous les jours dans le milieu dans lequel je suis, des Français venir de plus en plus nombreux. Et ce n’est pas de l’exil fiscal, c’est une tromperie. Ils viennent simplement pour travailler. Quand vous voyez des gens de 25 ans débarquer pour chercher du boulot, c’est parce que les choses sont open, c’est parce qu’ils auront un avenir qu’ils n’ont pas en France.  Quand on leur parle, ils n’ont pas tous cette perspective de retour, au-delà d’un exil, je dirais presque que c’est un exode.

Et vous, vous l’avez cette perspective de retour ?

Je n’ai pas de perspective du tout. A mon âge, j’ai appris à jamais dire jamais. La France, c’est mon pays, ma patrie, mes racines, ma culture. Même si on a beaucoup parlé de cela, je n’ai pas l’impression de m’être exilé car la France et l’Angleterre sont très proches à tout point de vue. Ca ne me change guère, quand je travaillais à Paris, je partais le matin il faisait nuit, le soir je rentrais, il faisait nuit, ça ne me change pas.

Et dans 10 ans, il sera toujours aussi fou Afflelou ?

Je l’espère et je pense d’ailleurs que c’est dans notre ADN de faire de l’innovation permanente et d’aller au devant des besoins. Avec le recul, quand on regarde globalement, 90 % de ce qui existe sur le marché de l’optique et qui est repris par nos confrères, c’est nous qui l’avons inventé. La multi-possession avec Tchin-Tchin, les lentilles à 1 € par jour, NextYear, la Forty… J’ai coutume de dire que si ces idées étaient « déposables », je serais très riche ! Ceci étant, être « fou » dans 10 ans inclut déjà le fait que l’on soit encore en vie, alors comme on dit, inchallah !

Propos recueillis par Julien Gagliard
source : atlantico.fr


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