Des lunettes de vue à 10 euros ! La révolution d’un autodidacte de 24 ans

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mai 26th, 2014

Category: Opticiens

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Les traits du visage tirés par la fatigue, avachi dans un canapé, Paul Morlet signe les dernières factures tendues par les ouvriers. « Je suis un faux calme. Je n’arrive pas à me rendre compte que ça va être un bazar », confie-t-il tout en échangeant de discrètes caresses avec sa petite amie assise à ses côtés. À 24 ans, ce jeune patron vient de jeter un pavé dans la mare avec l’ouverture de Lunettes pour tous, une boutique d’un nouveau genre, en plein coeur de Paris. Son principe ? Proposer des lunettes de vue à prix cassés tout en les fabriquant sur place en moins de dix minutes. Dans les faits, pour une monture d’entrée de gamme et des verres unifocaux, il vous en coûtera 9,99 euros, soit un prix cinq fois inférieur à la moyenne. Une vraie petite révolution dans un marché où la France est souvent épinglée pour ses tarifs excessifs au regard des autres pays européens.

Natif de la région lyonnaise, Paul Morlet n’est pas né avec une cuillère d’argent dans la bouche. Élève médiocre, il est orienté vers un BEP d’électricien par ses professeurs, qui ne croyaient guère en lui. Son diplôme en poche, il travaille à la SNCF et parvient à décrocher un bac en alternance. « Ma mère n’a jamais été aussi fière de moi que ce jour-là », jure-t-il. Pourtant, son parcours a déjà de quoi faire rougir plus d’un chef d’entreprise. S’ennuyant ferme le long des voies de chemin de fer, il constate un soir devant sa télévision que les lunettes des joueurs de poker pourraient accueillir de la pub sans que cela les gêne. Avec ses maigres économies, à 20 ans, il lance Lulu Frenchie, une marque de lunettes personnalisables. Quatre ans plus tard, le pari semble réussi avec deux millions de paires écoulées et un million et demi d’euros de chiffre d’affaires.

Le Robin des bois des lunettes

Considère-t-il avoir réussi ? « Réussir ? C’est un bien grand mot. La SNCF n’était pas le plan de carrière dont je rêvais », réplique Paul Morlet. « Quand tu viens d’en bas et que tu crées ta première boîte, tu n’as pas envie de t’enrichir. Paul n’est pas un fils à papa », précise Maxime Verner, l’un de ses proches et accessoirement le plus jeune candidat à l’élection présidentielle de 2012. « Paul n’hésite pas à mettre les mains dans le cambouis. Au début de Frenchie Lulu, il a fabriqué des milliers de paires, aidé d’un unique sèche-cheveux », poursuit-il.

Paul Morlet l’assure, il ne cherche pas à s’enrichir : « Deux millions de Français n’ont pas les moyens de se payer des lunettes de vue. Est-ce normal ? L’argent, je peux en gagner autrement. Mais si je peux faire ma petite révolution et que ça sert aux gens, je suis content. » Pour ce faire, il a négocié les prix au plus bas, rogné sur les marges tout en investissant dans du matériel de pointe. Quid du made in France, cher à Arnaud Montebourg ? « J’y crois moyennement. La France ne sait pas produire en masse et à bas coûts. Si nous ne fabriquions pas en Chine, je ne pourrais pas embaucher quarante employés. » Le ministre du Redressement productif appréciera.

Le mystère Niel

Made in France ou non, le concept de Paul Morlet attise les curiosités. Depuis l’ouverture du magasin, les opticiens sont nombreux à faire le déplacement pour tester le concept. « Certains veulent déjà ouvrir des franchises », s’amuse Maxime Verner. Mais c’est bien la visite « surprise » de Xavier Niel qui soulève le plus d’interrogations dans la presse. De nombreux journalistes le soupçonnent d’avoir investi dans l’entreprise. Interrogé par Le Point.fr à ce sujet, le patron de Free évoque « une drôle de question » digne d’un « interrogatoire de police. » Puis, relancé, il confirme qu’il ne dira rien.

« Il suffit d’appeler la BNP », répond de son côté Paul Morlet, le sourire aux lèvres. Sauf qu’une certaine vantardise le pousse à faire défiler sur son téléphone des photos de Xavier Niel… Ce dernier portant une paire de lunettes Lulu Frenchie et arborant le logo de Free. C’est finalement l’un des amis du jeune patron qui résume le mieux la situation : « Nous ne pouvons pas confirmer que Xaviel Niel a investi de l’argent. Le dire reviendrait à déposséder Paul de son projet. Car c’est lui qui est à l’origine de tout. »

Des délais non respectés

Vingt-quatre heures après l’ouverture de Lunettes pour tous, la boutique ne désemplit pas. Avec les lunettes exposées sur de grandes tables en bois, ses vendeurs équipés d’iPad, elle ressemble à s’y méprendre à un Apple Store. Même les boîtes s’inspirent de celles des iPhone. Paul Morlet, l’air toujours aussi crevé, s’active dans tous les sens et tente de rassurer les clients qui s’inquiètent de ne pas voir les délais respectés. La machine servant à découper les verres ne fonctionne pas, ce qui a le don de le plonger dans une colère noire devant ses employés.

Assise dans un coin de la boutique, Peggy ne tient plus en place. Voilà quarante minutes qu’elle attend sa paire de lunettes et commence à émettre des doutes sur la qualité des « verres ». De l’autre côté du magasin, Julie patiente pour sa deuxième paire, la première ayant eu le fâcheux défaut d’avoir les verres inversés. Pas rancunière, elle se félicite de l’idée même du magasin qui lui permet de s’offrir des lunettes qu’elle ne pourrait pas s’acheter chez un opticien. Voilà qui devrait rassurer Paul Morlet.

REGARDEZ Paul Morlet et sa révolution optique

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source : lepoint.fr


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