Essilor verrouille le marché de l’optique, selon Simoncini

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mars 27th, 2013

Category: Business, Verres

«Si la Sécurité sociale rembourse si peu les lunettes, c'est qu'elle en connaît le vrai prix» relève Marc Simoncini. Crédits photo : Antoine Doyen/antoinedoyen.net

«Si la Sécurité sociale rembourse si peu les lunettes, c’est qu’elle en connaît le vrai prix» relève Marc Simoncini. Crédits photo : Antoine Doyen/antoinedoyen.net

Le fondateur du site de vente de lunettes en ligne Sensee estime, étude à l’appui, que le leader mondial des verres ophtalmologiques empêche l’arrivée de nouveaux entrants qui pourraient baisser les prix.

Marc Simoncini part en guerre contre les grands acteurs de l’optique en France: «Essilor détient le quasi-monopole des verres, le duopole Luxottica-Safilo se partage l’essentiel des montures de marque, et cinq grands distributeurs réalisent 70 % des ventes !» Le fondateur de Meetic – le site de rencontres revendu en 2011 à l’américain Match.com – décrit un marché français de l’optique cadenassé. Sur lequel son site Internet de lunettes et de lentilles Sensee, créé il y a deux ans, entend bien jouer le rôle du trublion, un peu à la manière d’un Free dans les télécoms.

Marc Simoncini affirme qu’en France «le prix en boutique des verres est en moyenne égal à 6 fois leur coût de fabrication, et parfois à 50 fois, alors que le multiple courant dans la distribution est généralement de 2 à 3». Idem pour les montures, sur lesquelles les marges seraient également très élevées. Ces pratiques commerciales permettent d’entretenir un réseau de 11 000 boutiques d’optique en France, une pour 5400 habitants, soit trois fois plus qu’aux États-Unis.

Sensee pense être en mesure de changer les règles du jeu en cassant les prix. Mais «Essilor refuse de nous vendre ses verres de marque au motif, je suppose, que ce canal de distribution fragiliserait ses relations avec ses distributeurs en magasin», regrette Marc Simoncini. Or, faute de pouvoir s’approvisionner chez Essilor, «Sensee perd un argument de vente capital pour convaincre les consommateurs de la qualité des lunettes vendues en ligne à un prix très inférieur. Nous sommes pénalisés car nous ne pouvons pas dire que nous vendons “les mêmes” verres que les opticiens en magasin», estime Marc Simoncini.

Pis, certains fournisseurs de verres de Sensee, parfois eux aussi de réputation internationale, ne souhaitent pas être associés à Sensee, par crainte de représailles de la part de leurs autres clients en France, où leur part de marché est très faible. Du coup, Sensee, numéro un des lentilles en France, peine à démarrer dans la vente en ligne de lunettes, un mode de distribution qui représente moins de 3 % des ventes dans l’Hexagone.

«Diviser le prix par deux»

Le leader mondial de l’optique, Essilor, et ses nombreuses filiales détiennent, selon diverses estimations, 90 % du marché des verres en France. Marc Simoncini soupçonne Essilor de verrouiller ce marché et d’empêcher l’émergence de nouveaux acteurs prêts à casser les prix en réduisant les marges.

Pour tenter de le prouver, le serial entrepreneur a commandé il y a six mois une étude à la société Altermind et aux économistes David Martimort et Jerôme Pouyet. Cette étude souligne que le chiffre d’affaires de l’optique en France est supérieur d’un tiers à ce qu’il serait si les ventes par consommateur dans l’Hexagone étaient identiques aux pays voisins (Allemagne, Italie…) et conclut qu’«une ouverture du marché entraînerait entre 330 millions d’euros et 1,5 milliard d’économies pour les consommateurs». À l’inverse, aujourd’hui, «la position dominante» de certains fournisseurs de verres ophtalmiques crée des barrières à l’entrée de nouveaux acteurs, en particulier des sites de vente en ligne, souligne Altermind. Plus précisément, un mécanisme de «forclusion» pousse Essilor à «ne pas fournir spontanément le bas du marché que sont les distributeurs en ligne». En le faisant, «il introduirait des produits moins chers qui viendraient réduire les surplus» captés par Essilor, jugent les auteurs de l’étude. En clair, pour préserver ses propres marges en France, Essilor doit s’assurer qu’aucun de ses clients distributeurs ne casse les prix, et que tous réalisent aussi de fortes marges. «C’est comme cela que le système perdure», estime Marc Simoncini. «Si la Sécurité sociale rembourse si peu les lunettes, c’est qu’elle en connaît le vrai prix», relève-t-il.

Le patron de Sensee est bien décidé à atteindre l’objectif affiché lors de la création de Sensee, soit «un prix moyen des lunettes de vue divisé par deux d’ici à 2020».

Marc Simoncini envisage de saisir toutes les autorités compétentes sur le marché des verres en France afin de «rendre l’optique transparente». L’Autorité de la concurrence, qui scrute de près le secteur de la santé et des lunettes, s’est d’ailleurs déjà penchée sur le sujet. Elle avait condamné en 2002 une entente entre 35 opticiens lyonnais qui avaient organisé le boycott des fournisseurs de l’un de leurs concurrents, parce qu’il pratiquait des rabais sur le prix des lunettes. L’Autorité de la concurrence instruit actuellement un nouveau dossier sur le prix des montures.

Quant à Essilor, interrogé sur sa position vis-à-vis de la vente en ligne, il «ne recommande pas aujourd’hui la vente à distance des verres correcteurs Essilor». La vente sans rencontre avec un opticien en magasin «ne garantit pas, selon nous, le respect du protocole nécessaire à la bonne prise en charge du patient et à la délivrance de lunettes correctrices parfaitement adaptées à ses besoins et à sa morphologie», affirme le groupe.

source : lefigaro.fr


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