La courte vue des complémentaires de santé dans le viseur des opticiens

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octobre 3rd, 2012

Category: santé

PARIS – Les opticiens français ont placé dans leur viseur les complémentaires de santé qu’ils accusent, à l’occasion du Salon mondial de l’optique s’ouvrant jeudi, de courte vue en favorisant leurs intérêts financiers aux dépens des clients et de la production nationale de lunettes.

En cette période de crise, il faut refuser la tentation d’aller vers une santé visuelle à deux vitesses, a prévenu mercredi Alain Gerbel, président de la Fédération nationale des opticiens de France (FNOF), à la veille de l’ouverture du Salon mondial de l’optique (Silmo), qui se tient à Villepinte jusqu’à dimanche.

Avec un marché qui stagne autour de 5 milliards d’euros pour les lunettes remboursées, la FNOF, qui regroupe plus de la moitié des 11.000 points de vente en France, pointe d’un doigt accusateur la politique à courte vue des organismes complémentaires d’assurance maladie (OCAM).

Elles nous prennent pour de simples distributeurs et refusent de comprendre que nous sommes des professionnels de la santé, s’est plaint Jérôme Schertz, directeur général du réseau Luz, présent dans l’est de la France.

Elles prônent la maîtrise comptable. Pour elles, l’individu n’existe pas, alors que nous, nous le rencontrons au quotidien, a renchéri M. Gerbel, qui accuse les OCAM d’ébranler les principes fondateurs du métier d’opticien.

Les membres de la FNOF reprochent aux complémentaires de santé d’entraver le marché en intervenant dans le choix du praticien, contraignant parfois le client à effectuer des dizaines de kilomètres et d’imposer des prix prédéterminés qui empêchent l’accès à des équipement adaptés aux besoins de l’acheteur.

On ne peut pas se mettre n’importe quoi sur le nez, a expliqué M. Gerbel, agacé par les complémentaires de santé qui investissent énormément dans des publicités utilisant les lunettes comme produit d’appel et qui ensuite font pression pour réduire les coûts afin de maintenir leurs objectifs financiers.

Sollicitée par l’AFP, la Mutualité Française ne réagissait pas dans l’immédiat.

L’appétit des financiers

Pour sa part, Phillipe Peyrard, directeur général délégué du groupe Atol, a alerté l’opinion publique pour qu’elle prenne conscience que la santé visuelle ne devrait pas être un bien de consommation qui aiguise l’appétit des financiers.

Il a revendiqué la liberté du choix du praticien, de l’équipement et celle aussi pour les clients d’un reste à charge, en d’autres termes la possibilité pour une personne de mettre un complément de sa poche pour acquérir des lunettes plus chères que le montant remboursé.

Pour lui, avec leurs pratiques, les OCAM ne sacrifient pas seulement la vue des Français en ne leur donnant pas l’accès à des lunettes adaptées. Leur pression sur les coûts des équipements, selon lui, favorise aussi l’importation de lunettes low cost, produites en Chine qui concurrencent l’industrie française.

Le coût de revient des lunettes fabriquées en Chine est évidemment moins élevé que celui de celles fabriquées en France. En les favorisant, les complémentaires de santé provoquent des pertes d’emplois en France, a-t-il assuré.

Un sondage Ifop, réalisé pour Atol et publié à l’occasion du Silmo, a révélé que 81% des Français approuvent l’idée selon laquelle les mutuelles devraient rembourser d’avantage les produits fabriqués en France.

Selon ce sondage, 90% des Français préfèrent passer par un opticien, contre 10% qui considèrent sans risque l’achat sur internet. M. Gerbel, pour sa part, s’est déclaré convaincu que les ventes de lunettes par internet ne constituent pas un enjeu. Selon lui, elles ne représentent que 0,1% du marché.

(©AFP / 03 octobre 2012 16h10)


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