«La plus grosse opération financière jamais réalisée par Essilor»

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juillet 30th, 2013

Category: Business, Verres

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INTERVIEW – Hubert Sagnières, PDG d’Essilor, société qui conçoit, fabrique et commercialise des verres correcteurs et des équipements d’optique ophtalmique, explique la stratégie de consolidation du groupe français.

LE FIGARO. – Essilor paie 1,8 milliard de dollars pour racheter Transitions Optical. Le jeu en valait la chandelle?

Hubert SAGNIÈRES. – C’est effectivement la plus grosse opération financière jamais réalisée par Essilor. L’acquisition de Transitions Optical correspond parfaitement à notre stratégie. Tout d’abord, elle nous renforce sur notre marché, celui de la vision, sur lequel Essilor a construit étape par étape une position globale. Cette opération présente aussi l’avantage d’être sans risque: nous connaissons bien à la fois la société et son marché. Son intégration ne soulèvera donc pas de difficulté particulière. Enfin, elle va créer de la valeur pour nos actionnaires. Nous en attendons une amélioration de 5 points par an de notre bénéfice par action dès la deuxième année.

Essilor détenait déjà 49% de Transitions Optical. En quoi cette acquisition à 100% va-t-elle changer les choses?

Cette opération va nous permettre de dynamiser le développement de la catégorie photochromique qui croît deux fois plus vite que le marché de l’optique. Nous allons permettre à Transitions Optical d’accélérer le déploiement des verres Transitions en Asie, en Amérique latine et en Europe. Nous allons aussi décliner pour Transitions la stratégie qui nous réussit et qui consiste à prendre une marque haut de gamme pour la décliner dans le milieu de gamme, qui est aujourd’hui le marché qui croît le plus vite. La progression des classes moyennes dans le monde, et notamment, au Brésil, en Inde, en Indonésie, en Chine, aux Philippines… permet en effet à de plus en plus de consommateurs de passer d’une correction basique de leurs problèmes de vision à une réelle protection contre les variations de luminosité, les UV ou les rayures des verres. Dès lors, le milieu de gamme connaît une croissance de 5 à 6% par an, contre 1 à 2% pour le haut de gamme. Enfin, nous allons capitaliser sur d’importantes synergies marketing pour faire des verres Transitions, que nous distribuons déjà, une marque aussi forte que Varilux ou Crizal, partout dans le monde.

Cette opération marque-t-elle le début d’une offensive d’Essilor dans les verres photochromiques et solaires?

Ce sont aujourd’hui les deux segments qui tirent le plus la croissance du marché avec une progression de 7% par an environ. Les verres photochromiques Transitions ont encore d’immenses perspectives de développement, chez les jeunes ou les plus de 40 ans, qui peuvent être très sensibles à la variation de la luminosité. Quant au marché des verres solaires, nous y avons effectué plusieurs petites acquisitions ces derniers mois, dont celle d’Intercast annoncée ce lundi. Nous comptons bien en effet consolider ce marché, très fragmenté, et dont nous n’avons qu’une petite part à ce jour.

Il s’agit donc de répliquer dans le solaire ce que vous faites sur le segment des verres correcteurs?

Essilor est effectivement à ce jour le seul «pure player» du métier de l’optique. Notre ambition est de consolider ce secteur, pays par pays, région par région, pour mieux faire comprendre, partout dans le monde, l’enjeu de la bonne vision. Ce qui en pratique est un vrai défi, puisque nos interlocuteurs sont notamment quelque 400.000 opticiens dans le monde. Le verre de lunettes n’est pas un produit de grande série. C’est un produit de prescription dont chaque exemplaire doit être adapté à chaque individu qui l’achète. Essilor est donc à la fois un concepteur de produits, très innovant, et un distributeur au travers de plus de 400 laboratoires de prescription qui façonnent les verres à la demande et au plus près des réseaux d’opticiens.

En France, Marc Simoncini accuse Essilor d’être en situation de monopole, d’entretenir des marges beaucoup trop élevées dans le secteur et de faire barrage à la distribution sur Internet. Que répondez-vous?

Le marché français est en réalité très ouvert et ce n’est d’ailleurs pas en France que les prix des lunettes sont les plus élevés. Les marges dont on parle doivent être mises en regard du temps passé par l’opticien avec chacun de ses clients. Le produit dont on parle est personnalisé. Quant à Internet, je reconnais que ce canal de distribution peut être approprié s’agissant de certaines catégories de produits, notamment les lentilles de contact ou les lunettes de soleil, mais certainement pas pour les verres correcteurs complexes comme les progressifs de dernière génération.

source : http://bourse.lefigaro.fr


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