Le monopole des lunettes en passe d’échapper aux opticiens

By
décembre 17th, 2013

Category: Business

6744266-monopole-des-lunettes-des-opticiens-dans-le-flou

La France a un problème de vue. Les dépenses d’optiques y ont progressé de 30% depuis 2000, note une étude réalisée en 2013 pour Sensee, le service d’optique en ligne de Marc Simoncini.

Sur les 64% de Français qui portent des lunettes, « près des trois quarts jugent que les prix des corrections optiques sont excessifs », résument ses auteurs, David Martimort et Jérôme Pouyet, de l’Ecole d’économie de Paris. Les comparaisons internationales montrent en effet que les lunettes sont chères en France.

Outre le pouvoir d’achat, cela pose un problème de santé publique. D’après une enquête IRDES e 2008, un Français sur dix renonce à des soins dentaires ou optiques. « 55% des bas revenus portent des lunettes, contre 71% des plus hauts, ce qui semble indiquer une différence d’accès aux soins », confirment les économistes.

Une ouverture du marché via la loi sur la consommation

Face à cette situation déplorable, la majorité a introduit dans la loi sur la consommation, dont les discussions en 2e lecture à l’Assemblée nationale doivent reprendre lundi 16 décembre, un volet visant à mettre fin au monopole des opticiens diplômés, seuls à avoir le droit d’ouvrir un commerce aujourd’hui.

Il est prévu d’une part d’autoriser toute entreprise comptant un opticien diplômé parmi ses salariés à vendre de l’optique. Un moyen d’ouvrir le marché notamment aux grandes surfaces. D’autre part de demander aux ophtalmos d’inscrire systématiquement l’écart pupillaire sur leurs ordonnances, information nécessaire à la commande d’une paire de lunettes, et dont l’absence reste un des principaux obstacles à l’essor des sites internet spécialisés.

Le ministre de la consommation Benoît Hamon, qui soutient les amendements du rapporteur Razzy Hammadi et de la vice-présidente de la commission des Affaires économiques, Frédérique Massat, estime ainsi pouvoir « soulager les ménages d’une dépense pesant lourdement sur leur budget ».

Un manque de concurrence

Le marché de l’optique se caractérise avant tout par son manque de concurrence. La distribution au détail est concentrée sur moins d’une dizaine de groupes. « Avec une marge de 60 % en moyenne le secteur réalise un chiffre d’affaires supérieur d’un tiers à ce qu’il est dans les pays comparables à la France », estiment David Martimort et Jérôme Pouyet. Car les nouveaux acteurs, moins chers, ont du mal à percer.

Premièrement, ils peinent à se fournir auprès des grandes marques. En amont, Essilor détient 40% de la production de verres au niveau mondial (près de 90 % en France), expliquent David Martimort et Jérôme Pouyet, et pour la production de montures, le leader Luxottica est cinq fois plus important que son plus proche concurrent. « La firme dominante en amont a intérêt à favoriser des stratégies de distribution qui évincent les nouveaux entrants. Ces derniers, en fournissant des produits moins chers, risqueraient en effet de réduire le surplus qu’elle accapare », affirment les économistes.

Deuxièmement, le patient n’est pas non plus incité à comparer les prix. Le système de remboursement, rappellent David Martimort et Jérôme Pouyet, « permet de rendre solvables les consommateurs finals et tend à entretenir l’illusion chez ces derniers qu’ils n’assument pas les dépenses d’optique ». En réalité, poursuivent les économistes, « ils les supportent indirectement à travers le financement de la sécurité sociale et les cotisations auprès de leurs complémentaires, et directement à travers le ‘reste à charge’ qu’ils paient à l’opticien ». D’autant que nombre d’opticiens ont tendance à proposer des factures atteignant le plafond de remboursement même quand ce n’est pas nécessaire, et à proposer au client une paire de lunettes de soleil ou une deuxième paire pour le même prix.

Un milliard d’euros attendus

En dérégulant le marché de l’optique, Benoît Hamon espère distribuer un milliard d’euros de pouvoir d’achat aux Français. « Si le chiffre d’affaires par habitant en France était identique à ce qu’il est en Allemagne, au Royaume-Uni, en Espagne et en Italie, le marché français aurait dû être inférieur d’1,5 milliard d’euros en 2007, ce qui est conséquent pour un marché de 4,2 milliards d’euros au total », expliquent en effet les auteurs de l’étude Sensee.

Que vont devenir les opticiens qui ont aujourd’hui pignon sur rue ? « Si cette différence de coût se justifie en partie par la qualité du service offert par notre formidable réseau d’opticiens, explique Benoît Hamon, nous considérons que, lorsque la vente de lunettes en ligne se sera développée, les leaders actuels du réseau physique de distribution sauront conserver leur position sur Internet ».

Outre un gain en pouvoir d’achat, les amendements proposés, s’ils sont adoptés, devraient aussi se traduire par un coup de frein sur la création de points de vente, qui a plus que doublé en 30 ans, quand la population n’augmentait que d’un quart. Il était temps : Il y a 11.168 magasins d’optique en France. Soit plus qu’aux Etats-Unis !

par Donald Hebert

source :


You must be logged in to post a comment.

%d blogueurs aiment cette page :