Le projet de libéralisation de l’optique examiné au Sénat

By
janvier 28th, 2014

Category: Business, Opticiens

4333373_3_0bb5_le-projet-de-loi-sur-la-consommation-de-benoit_c7d562f8c1748f7aa0e9c3f741d36884

Ultime secousse pour les opticiens. Les sénateurs examinent en deuxième lecture, depuis lundi 27 janvier, le projet de loi sur la consommation.

Ce texte à l’initiative de Benoît Hamon, le ministre de l’économie sociale et solidaire, vise notamment à libéraliser le marché de l’optique afin de faire baisser le prix des lunettes en favorisant l’arrivée de nouveaux acteurs sur Internet. Il devrait être voté par l’Assemblée nationale en février, puis promulgué en mars.

Si des amendements prévoient de réintroduire des dispositions adoptées par le Sénat en première lecture et voulues par les opticiens – l’obligation d’avoir une ordonnance pour acheter des verres correcteurs et des lentilles et le prolongement de leur validité de trois à cinq ans -, l’intention du gouvernement est la même.

Avec cette nouvelle concurrence il veut mettre fin à une rente de situation en enclenchant une baisse de 25 % des tarifs. Cela permettra, selon M. Hamon de « rendre plus d’un milliard d’euros de pouvoir d’achat au consommateur ».

Le gouvernement se base sur un rapport de la Cour des comptes estimant à 470 euros le prix d’une paire de lunettes en France, un montant deux fois supérieur aux tarifs relevés au Royaume-Uni, en Italie et en Allemagne. Chaque vente rapporte à l’opticien, en moyenne, 275 euros, selon UFC-Que Choisir.

« HORS SUJET »

Cette situation est possible grâce aux mutuelles qui ont fait des niveaux de remboursements de l’optique un produit d’appel pour leurs clients. Mais selon le ministère de la consommation, ces prix élevés, conjugués à une faible prise en charge par l’assurance-maladie (entre 4,44 et 31,14 euros par monture) contraignent près de 3 millions de français n’ayant pas d’assurance complémentaire à renoncer aux soins optiques.

Depuis l’automne, ce texte est contesté par les opticiens, furieux de ne pas avoir été associés et surtout de voir lunettes et lentilles réduites à de simples biens de consommation alors que « les modalités de délivrance des produits et l’exercice du métier sont régis par le cadre de la santé publique », rappelle notamment Alexandra Duvauchelle, déléguée générale du Syndicat des opticiens entrepreneurs (SynOpE).

Pour Didier Papaz, PDG d’Optic 2000 la loi Hamon est « hors sujet ». Il préconise une loi remettant à plat la filière et précisant les rôles de chacun dans le cadre d’une concertation avec le ministère de la santé.

« Ce texte a été fait dans la précipitation pour des acteurs spécialisés », entend-on aussi. Est particulièrement visé Marc Simoncini.

L’ancien patron de Meetic, la société spécialiste des rencontres sur Internet, a lancé, depuis trois ans, Sensee, un site de vente en ligne de lunettes et de lentilles à bas prix. Il s’est attaqué à ce marché en proposant des équipements moitié moins cher. Il estime que ce type de vente devrait représenter à terme environ 10 % du marché, soit une économie de quelque 1,3 milliard d’euros, et obligera les enseignes à en tenir compte.

ENTRE LE MARTEAU ET L’ENCLUME

« C’est de l’agitation pour pas grand-chose dans la mesure où le business sur le Net a besoin de s’inventer », juge Jean-Pierre Champion directeur général de Krys. « Nous sommes dans une situation où à Bercy, un ministre favorise la vente en ligne de produits venus d’Asie, et détruit le made in France que s’emploie à défendre, à un autre étage, son collègue du redressement productif… », ajoute Philippe Peyrard, directeur général délégué d’Atol les Opticiens.

Opticiens et ophtalmologistes se retrouvent contre une disposition du projet prévoyant d’inscrire sur l’ordonnance des lunettes l’écart interpupillaire afin de favoriser les achats en ligne. Cette mesure est prise par les opticiens dans leurs boutiques pour ajuster les verres et les montures au client. Elle n’est pas réalisable pour l’instant sur le Net.

« Vous allez augmenter les difficultés d’accès à l’ophtalmologiste », déplore Jean-Bernard Rottier, le président du Syndicat national des ophtalmologistes (SNOF) dans une lettre ouverte. Cette « mesure consomme deux à trois minutes par patient, soit trente minutes par jour et par praticien». La préoccupation de la représentation nationale « devrait être la défense de la santé des Français, pas la promotion d’un circuit de commercialisation », ajoute ce syndicat qui pense à ne pas appliquer cette mesure.

« Nous sommes pris entre le marteau et l’enclume, dit Didier Papaz. D’un côté le ministère de la santé, qui dans le cadre du projet de loi de financement de la sécurité sociale a introduit des mesures plafonnant les remboursements des mutuelles ; de l’autre, celui de la consommation, qui incite au développement de la vente en ligne. » Mais rappelle-t-il « la baisse du prix des lunettes était inscrite dans le programme de Francois Hollande tout comme dans celui de Nicolas Sarkozy ».

source : lemonde.fr


You must be logged in to post a comment.

%d blogueurs aiment cette page :