L’enseigne Alain Afflelou s’apprête à passer dans le giron du fonds d’investissement Lion Capital

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juin 26th, 2012

Category: Business, Evènements

Dans un entretien exclusif accordé à La Tribune, son fondateur annonce qu’il demeurera président du conseil de surveillance. Frédéric Poux, actuel directeur opérationnel, deviendra président du directoire.

Alain Afflelou ne lâche pas l’affaire. Le fondateur de l’enseigne d’optique, leader du marché français, s’apprête à faire vivre à sa société un troisième rachat par LBO. Début juillet, le fonds d’investissement Lion Capital devrait signer la reprise d’Alain Afflelou. L’opération sera conclue pour 800 millions d’euros, soit un montant équivalent à son chiffre d’affaires 2011. Sa participation restera inchangée. « Je resterai au capital à hauteur de 22% environ », précise à La Tribune Alain Afflelou. Lion Capital détiendra le reste, aux côtés de quelques investisseurs privés, indique Alain Afflelou sans plus de détails.

Une mise en Bourse a été envisagée

Le fonds britannique – il détient notamment Picard, Orangina et Weetabix – est le troisième fonds d’investissement à reprendre l’enseigne d’optique, en douze ans de temps, après Apax en 2000 et Bridgepoint en 2006. Le premier était resté au capital du temps de Bridgepoint. Les deux fonds s’apprêtent à en sortir complètement. « C’était prévu. Nous avons cherché la meilleure façon de le faire. Une mise en Bourse a été écartée vu le contexte actuel », rapporte Alain Afflelou, en philosophant sur ces fonds «qui restent trois, cinq ou sept ans au capital d’une société ». En 2006, l’opération Apax/Bridgepoint valorisait l’entreprise à 500 millions d’euros, pour un chiffre d’affaires de 668 millions d’euros. Elle a permis à Alain Afflelou d’empocher une somme voisine de 150 millions d’euros.

Mal conseillé

Cette fois encore, le fondateur du groupe reste en place. Il conservera son poste de président du conseil de surveillance, fonction qu’il occupe depuis 2010. A l’époque, le groupe avait recruté Grégoire Champetier au poste de président du directoire. Il ne sera resté que quelques mois. Depuis, cet ancien de chez Mc Donald’s a rejoint le groupe hôtelier Accor, en tant que directeur général du marketing, dans l’équipe de son PDG, Denis Hennequin, autre ancien de l’enseigne de fast-food. L’affaire a laissé des traces. Alain Afflelou confie avoir été « mal conseillé ».

« Il y a un an, j’ai dit, une fois pour toutes, combien il y avait en interne chez Afflelou des hommes à promouvoir », raconte-t-il. Depuis, Didier Pascual est devenu président du directoire. Il sera prochainement remplacé à ce poste par Frédéric Poux, actuel directeur opérationnel. « Didier Pascual conservera des fonctions très opérationnelles», assure Alain Afflelou, qui conservent ses deux fils Laurent et Romain à ses côtés pour gérer un ensemble de 1.080 magasins présent dans six pays européens et en Afrique du Nord (Tunisie, Maroc, avant dans quelques mois, l’Algérie, son pays natal).

« Je saurai m’arrêter »

Celui qui, depuis les années 80, incarne l’enseigne dans toutes ses campagnes de publicité entend ainsi démontrer combien il conserve la main. Lion Capital jure qu’il respectera son territoire. Il a « hâte de travailler en étroite collaboration » avec Alain Afflelou, indique-t-il dans un communiqué. Le fonds britannique devra cependant faire preuve de prudence. Son prédécesseur, Bridgepoint, s’était violemment heurté à Alain Afflelou sur le calendrier de sa succession initialement prévue en février 2009. «Je saurai m’arrêter. Car, depuis 40 ans, je me remets en cause tous les matins. Le jour où je me sentirai dépassé, je m’arrêterai ! », proclame Alain Afflelou. Ce n’est pas encore d’actualité, jure-t-il.

150 à 300 points de vente de plus

A 64 ans, Alain Afflelou a encore une opinion très tranchée. Sur tout. Quitte à manier les paradoxes. Où réside l’avenir de son enseigne ? Hors de France, répond-il. «On regarde une affaire en Pologne et une autre au Danemark », explique Alain Afflelou, tout en annonçant, pourtant, en France, l’accélération du développement de son enseigne Alain Afflelou Acousticien sur le marché de l’audioprothèse. « Nous aurons 150 à 300 points de vente de plus dans deux à trois ans », affirme-t-il.

La santé du marché en France ? « Il est atone. Il y a trop d’opticiens. Il y aura de la casse », prédit celui qui promet cependant un bel avenir aux « beaux magasins, grands » et annonce « l’ouverture d’une centaine de magasins en 2012 ». La vente en ligne que faut-il en penser ? « Je n’y crois pas », jure Alain Afflelou en rappelant combien les modèles de vue exigent « réglages, essais et conseils » en se moquant des HappyView.fr et autres Sensee.com qui « se disent deux fois moins cher que les opticiens ». Et peu importe que, pour fêter les 40 ans de l’ouverture de son premier magasin à Bouscat (Gironde) en 1972, l’enseigne vient, précisément sur le Net, de mener une vente flash de Ray Ban ! Comprenne qui pourra. «Les modèles de soleil peuvent se vendre en ligne comme des téléphones portables », argumente-t-il, un brin agacé, mais avec conviction. Mieux vaudrait donc que le fonds d’investissement Lion Capital compose avec cet entrepreneur au tempérament impétueux.

Juliette Garnier

source : latribune.fr


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