Les industriels de l’optique lancent un cri d’alarme pour l’emploi

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avril 11th, 2014

Category: Business, coups de gueule

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Les fabricants de lunettes tirent la sonnette d’alarme. Leur syndicat le GIFO (groupement des industries de l’optique) s’est offert en mars une pleine page dans le Monde, intitulée « vous n’en croirez pas vos yeux », pour alerter l’opinion publique sur les risques pesant sur la filière. Selon ces professionnels, un décret instituant un plafonnement du remboursement des lunettes par les Mutuelles, menace 10.500 emplois en France, répartis sur 77 sites. « Si il est signé, la fabrication française sera rayée de la carte», redoute Philippe Lafont, patron de la marque de montures haut de gamme.

Le texte du gouvernement prévoit un remboursement limité à 100 euros, à partir de 2015, pour les montures. Pour les verres simples, ce plafond serait progressivement abaissé à 200 euros en 2018. La prise en charge des verres complexes, comme les progressifs, passerait de 600 euros à 400 euros dans quatre ans. « Avec la mise en place des réseaux de soins, les mutuelles vont se positionner tout de suite sur le prix le plus bas, note Jérôme Colin, le président du Gifo. Ce système combiné avec le zéro à charge, signé avec les opticiens, va conduire à une standardisation des produits ». « On va avoir la lunette mutuelle, avec trois couleurs et une technologie d’il y a 20 ans», assène Philippe Lafont.

Or, la lunette française s’est elle reconvertie vers le haut de gamme. Lafont a été en 1970 parmi les pionniers, avec Mikli, a lancé des montures « qui swinguent », avec des couleurs. Leur fabrication est assurée par la société Thierry dans le Jura. Le département, avec Morez reste le bassin historique de la lunette française. Laminé par la concurrence chinoise il y a une vingtaine d’année, le secteur s’est restructuré au prix d’une forte hémorragie d’emplois. Il s’est positionné sur un marché de niches, en pariant sur les créateurs.

Aujourd’hui, il existe une trentaine de marques comme Vuarnet, Oxidis ou Morel… La production regroupe une quarantaine de PME, avec celles Oyonnax dans l’Ain, soit plus de 2.500 emplois. « Il y a eu beaucoup d’investissements en R&D pour créer de la valeur ajoutée, reprend Jérôme Colin. Le principal coût est lié à la main d’oeuvre. Réduire de moitié les prix est donc impossible  ». Le prix moyen public des montures made in France se situe entre 160 à 200 euros. Un tarif qui n’est pas celui des fabricants. « Je vends mes créations 70 euros aux opticiens en France, et 77 euros en Allemagne », précise Philippe Lafont. Des modèles revendus ensuite deux à trois fois plus selon les pays.

Les verriers sont logés à la même enseigne. L’allemand Carl Zeiss fabrique tous ses verres progressifs en France pour le marché local. Il emploie 540 salariés, répartis entre Fougères et Aubergenville. « L’an dernier, nous avons déjà du supprimer 220 postes suite à la perte d’un contrat au profit de la Thaïlande, indique Nicolas Séries, le président de Carl Zeiss Vision France. Avec cette nouvelle mesure, les produits moyens et hauts de gamme risquent de ne plus être fabriqués en France pour baisser les coûts». La majorité de ses entreprises sont exportatrices. Les ventes à l’international pèsent environ 50 % de leur chiffre d’affaires. « Je ferai le choix de l’étranger si le décret passe, reprend Philippe Lafont. Mais si je ne peux plus vendre en France, je devrai me séparer de la majorité de mes salariés, ce qui me serre le coeur ».

Écrit par Dominique CHAPUIS
Journaliste
dchapuis@lesechos.fr

source : lesechos.fr


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