L’opticien ne doit plus être un bouc émissaire

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août 14th, 2013

Category: Business, Opticiens

Points de vue de Jean-Pierre Champion directeur général de Krys Group.

Le vote au Sénat, fin juillet, de la loi sur les réseaux de soins constitue un point d’orgue dans l’acharnement d’une partie de la majorité gouvernementale et parlementaire à l’encontre de la profession d’opticien. L’amendement Daudigny, voté dans le cadre de la proposition de loi Le Roux, reconnaît, en effet, le bien-fondé des réseaux de soins sans numerus clausus pour les professions de santé… à l’exception toutefois des opticiens à qui il réserve, et à eux seuls, les réseaux de soins dits « fermés ».

Avant l’offensive parlementaire, les attaques avaient d’abord porté sur les prix, puis sur les marges, et enfin sur le nombre de magasins. Or on sait que les prix pratiqués en France, dès lors que l’on compare les mêmes produits, sont identiques à ceux des autres pays européens. Certes, la dépense en optique par habitant varie en fonction du niveau de remboursement national, qu’il soit obligatoire ou complémentaire. Ainsi en Grande-Bretagne, où les lunettes ne font pratiquement l’objet d’aucun remboursement, le marché a tourné au low cost.

On a également dénoncé les taux de marge brute, prétendument trop élevés, des opticiens français. Là encore, si l’optique affiche des marges brutes qui peuvent rappeler en apparence l’industrie du luxe (60 %), elle dégage in fine un résultat net d’artisan commerçant (4 %). Entre le brut et le net, il y a transformation de la matière et délivrance d’un service : les verres sont en effet détourés, polis et montés en magasin, et l’opticien passe plus de 2 heures en moyenne pour chaque client. Le nombre de magasins d’optique, enfin, fait débat alors même que l’attrait commercial des centres-villes se dégrade au dire de nos maires.

La vérité, c’est que les opticiens ne sont pas des marchands de lunettes mais des professionnels de santé. La vérité, c’est que la filière optique française est parmi les plus innovantes et les plus attachées à la santé et à la protection visuelle de tous les pays développés. C’est en France que la pénétration des verres progressifs est la plus élevée. Les verres « fabriqués en France » y sont encore majoritaires, alors que la production de montures a été largement délocalisée.

Instrumentaliser les réseaux de soins pour réduire le nombre d’opticiens traduit le désengagement de l’Etat à traiter une problématique de santé publique.

Si le législateur veut s’attaquer à l’accessibilité des soins, tant géographique qu’économique, il doit s’appuyer sur deux tendances de fond : l’augmentation du nombre de porteurs de lunettes (de 37 à 40 millions d’ici à 2020) et la baisse régulière du nombre d’ophtalmologistes (de 200 à 300 par an).

Le phénomène démographique doit permettre aux opticiens d’augmenter leur productivité et de la redistribuer sous forme de baisse des prix aux consommateurs. La désertification médicale doit être l’occasion de permettre aux opticiens de réaliser eux-mêmes les missions que les ophtalmologistes accepteront de leur déléguer. Au-delà des protocoles « ophtalmos-opticiens », ces derniers sont prêts à passer leur diplôme en trois ans plutôt qu’en deux afin de gagner encore en expertise.

Eviter la destruction de valeur et d’emplois pour la filière, garantir le choix du praticien, promouvoir une filière d’excellence que beaucoup de pays nous envient et au sein de laquelle le « fabriqué en France » est encore majoritaire : tel est le cadre dans lequel nos gouvernants doivent dégager une solution. Les opticiens sont prêts à les y aider. Mais ils n’accepteront plus la discrimination.

Jean-Pierre Champion

source : lesechos.fr


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