Marc Simoncini : « Beaucoup de gens talentueux ont quitté la France »

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mai 31st, 2013

Category: Business

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Pour le fondateur de Meetic et patron de Sensee.com, la fiscalité et les réglementations françaises ont contribué à faire fuir nombre de talents. Mais cette réalité n’a rien d’une fatalité : pour ce serial entrepreneur, l’Hexagone reste « l’un des meilleurs endroits au monde pour entreprendre » et innover. Un constat que partagent les 200 personnalités mises à l’honneur dans le grand dossier que Capital consacre ce mois-ci à « ceux qui vont réveiller la France. »

Capital : Voyez-vous des raisons de rester optimiste sur notre capacité à nous réformer ?
Marc Simoncini : Malgré tous ses problèmes, la France reste l’un des meilleurs pays au monde pour entreprendre. Si elle faisait le choix de la simplification et de l’optimisation de ses normes, de sa fiscalité, de ses règlements ou de son administration, je suis convaincu que, en tout cas dans le secteur du numérique, elle deviendrait une grande nation et serait capable d’exporter son talent dans le monde entier.

Capital : François Hollande a fait marche arrière sur la taxation des plus-values de cession. Le nouveau dispositif vous convient-il ?
Marc Simoncini : L’alignement de la taxation des revenus du capital sur ceux du travail était une promesse de campagne de François Hollande. Au-delà des taux, j’ai beaucoup de mal à accepter cette idée, car elle ne tient pas compte des risques pris par l’entrepreneur : sur le capital qu’il engage et qui a déjà supporté de nombreux impôts, et sur les responsabilités qui seront ensuite les siennes. Les taux de taxation présentés dans le projet de loi de finances 2013 étaient non seulement dissuasifs mais prévoyaient 40 cas différents, ce qui rendait leur application très compliquée ! Le nouveau dispositif est plus lisible, les plus-values de cession sont dans la moyenne européenne et, surtout, le financement de jeunes entreprises est favorisé. Cela faisait longtemps que nous n’avions pas vu un gouvernement prendre une aussi bonne mesure pour les entrepreneurs.

Capital  : Faut-il en finir avec l’ISF ?
Marc Simoncini : Je constate chaque jour les ravages que cet impôt provoque. Beaucoup de gens talentueux avec qui j’ai eu l’occasion de travailler ont quitté la France. Qu’on le regrette ou non, c’est un fait. En tant que Français hyperprivilégié, j’accepte évidemment de payer un impôt sur mon patrimoine, mais encore faut-il pouvoir garder les moyens de payer cet impôt ! Le placement du capital ne rapporte presque plus rien aujourd’hui, il n’était donc pas étonnant que les taux proposés par le gouvernement soient censurés par le Conseil constitutionnel. L’ISF me pose un second problème : je dois l’acquitter sur la valeur théorique des start-up dans lesquelles j’ai investi ! Si cela devait rester le cas, j’aurais toutes les peines du monde à continuer à investir dans de jeunes entreprises via mon fonds Jaïna Capital. En tout cas, depuis la France.

 Capital : Pourquoi nos petits champions français de l’Internet n’arrivent-ils pas à devenir des géants mondiaux ?
Marc Simoncini : Lorsque j’ai créé Meetic, nous avions un concurrent américain qui était déjà très important chez lui. En dix ans, nous avons bâti en Europe une entreprise de taille équivalente. Si Meetic avait subi une taxation comparable à celle de Match.com aux Etats-Unis, il aurait racheté le site américain. Mais c’est l’inverse qui a eu lieu… Le marché européen unifié est un mythe, les réglementations, les normes, la fiscalité sont autant de barrières et de contraintes que les sites américains n’ont pas. Ils grandissent donc beaucoup plus vite et, en général, rachètent les acteurs européens. Ceux-ci doivent très vite intégrer un lancement aux Etats-Unis s’ils veulent survivre et rester indépendants.

Capital : Faut-il lutter davantage contre les pratiques anticoncurrentielles, comme vous le réclamez dans le secteur de l’optique ?
Marc Simoncini : L’optique est un cas très particulier. Ce marché s’est organisé pour que le consommateur paie très cher. En tant que nouvel entrant, nous avons eu les pires difficultés pour que les fournisseurs acceptent de nous fournir des verres et des montures de marque. Ce n’est pas le fait que 5% des Français puissent acheter un jour leurs lunettes sur Internet qui pose problème à la profession. C’est qu’ils se mettent à comparer. Ils découvriraient alors les prix et les marges que réalisent les cinq réseaux de distribution. Ces derniers dépensent environ 600 millions d’euros de marketing par an pour vendre aux Français les lunettes les plus chères d’Europe. Nos conclusions rejoignent celles de l’UFC-Que choisir. Les Français pourraient économiser au moins 500 millions d’euros par an sur le prix de leurs lunettes ! Sensee.com s’est donné dix ans pour faire changer les choses. Nous constatons une vraie volonté de Bruxelles de libéraliser ce secteur et nous n’hésiterons pas à saisir la Commission si la France, sous la pression des opticiens, devenait le seul grand pays où la vente de lunettes par Internet restait matériellement impossible.

Propos recueillis par Christophe David

source : capital.fr


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