Myopie: va jouer dehors, c’est bon pour la vue!

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septembre 7th, 2012

Category: santé

La myopie, qui gagne toujours plus de terrain dans les pays industrialisés, peut toucher jusqu’à 40% de la population générale et 30% des enfants. La diminution du temps passé à l’extérieur ne serait pas étrangère à cette progression…

ange tes carottes, c’est bon pour les yeux!». A coup sûr, vos  parents ont tenté un jour de vous convaincre ainsi d’engloutir les  rondelles de carottes qui côtoyaient les petits pois dans votre  assiette. Et ils n’avaient pas tort: les racines oranges sont riches en  vitamine A, qui produit du rétinol. Mais si cette substance est utile  pour la vue, elle n’est pas directement liée à la myopie. La lumière du  jour, en revanche, aurait des effets protecteurs sur la myopie. C’est ce que défend une récente revue de la littérature publiée en mai dernier  dans la sérieuse revue scientifique The Lancet.

Selon les  chercheurs, l’augmentation du nombre de myopes, flagrante sur le  continent asiatique, mais bien réelle aussi en Europe, serait intimement liée au manque d’exposition au soleil. La lumière a un effet sur la  libération de la dopamine, connue pour arrêter la croissance de l’œil.  Or, sur le plan anatomique, la myopie est causée par un œil trop long.  La sécrétion de dopamine permettrait justement de limiter cette  croissance et donc le développement d’une myopie, ce qui a été démontré  de manière expérimentale, uniquement.

Les plus jeunes sont particulièrement touchés par ce fléau, qui sévit  surtout dans les pays industrialisés. En Europe, on estime, selon les  études et les groupes d’âge, entre 5% et 30% le nombre d’enfants  concernés par ce vice de réfraction, qui est le plus fréquent devant  l’hypermétropie et l’astigmatisme. A plus d’un titre, les têtes blondes  ont donc tout intérêt à jouer dehors, détaille le Dr Hana Abou Zeid,  responsable de la Policlinique de l’Hôpital ophtalmique Jules-Gonin à  Lausanne:

«Non seulement, la lumière aurait un effet bénéfique sur la  myopie, mais aller à l’extérieur, parallèlement, entraîne une diminution du temps consacré à des activités qui sollicitent une vision de près,  l’autre facteur déterminant pour la myopie.»

C’est certain, les  facteurs environnementaux jouent un rôle important dans ce domaine.  Notamment, plus le niveau d’éducation est élevé, plus le risque de  myopie est grand. Une étude a révélé que les jeunes qui lisaient plus de deux livres par semaine avaient plus de risque de devenir très myopes  que ceux qui lisaient moins. Le cas de la lecture n’est pas isolé, comme l’explique la spécialiste:

«Toutes les activités qui impliquent une  accommodation importante et qui sollicitent la vision de près sont à  risque, si elles sont pratiquées très fréquemment. Les jeux sur les  tablettes ou sur des consoles portables qu’on tient dans les mains sont  aussi visés. La télévision et l’ordinateur, à condition qu’on se  maintienne à une distance raisonnable, sont par contre moins  problématiques pour les yeux.»

Loin l’idée pourtant d’empêcher junior de plonger dans ses albums préférés ou d’interdire l’utilisation de ces  appareils. Difficile en ce sens de donner aux parents des consignes  claires, car aucune évidence scientifique n’existe quant à une durée ou à une fréquence d’exposition qui serait adéquate. Pour la spécialiste:

«L’important est d’équilibrer le type d’activités, entre les  intellectuelles et celles se déroulant à l’extérieur qui n’impliquent  pas la vision de près. Mais il ne s’agit pas de modérer ses aspirations  ou celles de son enfant, surtout s’il s’agit du goût pour la lecture. En revanche, on évitera autant que possible que l’enfant ne colle l’objet à son nez.»

Les facteurs génétiques, aussi, jouent un rôle dans la  survenue de la myopie, mais les mécanismes sont plus complexes qu’on  l’imaginait. On sait qu’il suffit d’avoir un parent myope pour que les  risques de le devenir augmentent. Si les deux le sont, le pronostic ne  semble pas être plus important. De plus, la composante héréditaire est  plus élevée pour les myopies fortes que pour les plus légères, pour  lesquelles des facteurs environnementaux jouent un rôle encore plus  important.

De l’importance de corriger sa vue

Dans tous les cas, si l’enfant ne voit pas bien, il est indispensable de  corriger son défaut de vision: «Si on ne le fait pas, le cerveau peut  rester bloqué sur cette vision et l’enfant ne verra jamais plus à 100%,  même avec une correction optique, prévient le Dr Hana Abou Zeid. De  même, si la déficience est unilatérale, l’œil n’atteindra jamais la  capacité de l’autre, d’où l’importance du dépistage

Or, un  enfant, surtout s’il est jeune, ne va pas forcément verbaliser ses  difficultés visuelles. Son système visuel étant en cours de maturation  pendant l’enfance, il ne peut pas savoir ce que cela signifie de bien  voir. Pourtant, les signes d’appel ne trompent pas: un enfant qui voit  mal de loin aura tendance à rapprocher les objets sous ses yeux. Mais  cela peut aussi se manifester par des difficultés d’apprentissage à la  lecture, des notes qui dégringolent, un échec scolaire, des chutes à  répétition ou des maux de tête après l’école. «Toute la journée, l’élève myope accommode pour bien voir. Le soir, cette fatigue visuelle se  traduit typiquement par des maux de tête», décrit la spécialiste.

Pour son confort, l’enfant doit pouvoir voir clairement dès 3-4 ans. Mettre  des lunettes correctrices le permet évidemment et empêche des problèmes  plus graves de déstructuration irrémédiable de la vision. En revanche,  les scientifiques peinent à dire aujourd’hui si le port de lunettes  ralentit, ou non, la progression de la myopie, tant les facteurs qui  sont impliqués sont nombreux.

Elodie Lavigne

source : slate.fr


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