Orthokératologie : des lentilles uniquement la nuit !

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février 6th, 2013

Category: Lentilles, santé

pose-lentilles

Vous n’en pouvez plus de vos lunettes et n’êtes pas non plus totalement satisfait de vos lentilles ? Reste l’opération chirurgicale… Ou son alternative, encore peu répandue en France mais beaucoup plus en Asie et aux États-Unis : l’orthokératologie ou remodelage cornéen.

La technique, réversible et destinée aux personnes légèrement myopes et/ou astigmates, consiste à porter des lentilles la nuit pour modifier la courbure de la cornée et avoir une vue corrigée le lendemain. Est-elle réellement efficace ? Quels sont les risques et contre-indications ? Pourquoi n’en entend-on pas davantage parler ? Le Dr Phat-Eam Lim, chirurgien-ophtalmologiste, est l’un des rares spécialistes en France à savoir adapter ce type de lentilles.

Comment fonctionne l’orthokératologie ?

L’orthokératologie utilise des lentilles semi-rigides dont la face interne a une forme particulière : « Elle oblige les cellules de l’épithélium, la couche la plus superficielle de la cornée, à se positionner là où nous le souhaitons, pendant leur migration naturelle de la périphérie vers le centre« , explique le Dr Lim. La périphérie s’épaissit, le centre s’amincit… Au final, sur 5,5 mm de diamètre environ, la surface de la cornée est moins courbe. Les couches cellulaires plus profondes ne sont pas modifiées.

« Il n’est donc pas question d’écraser la cornée comme on l’entend dire parfois, poursuit le spécialiste. Au cours de la journée, les cellules épithéliales se renouvellent et reprennent leur emplacement initial d’où la réversibilité de la correction. » Sept heures de port nocturne, parfois moins, permettent de conserver une acuité visuelle de 10/10 le lendemain, voire le surlendemain pour les faibles corrections.

Le fait de devoir porter ses lentilles en dormant peut surprendre. Pour le Dr Lim, c’est un plus : « La nuit, les conditions d’hygiène sont maximales. D’autre part, les lentilles d’orthokératologie couvrent une faible surface et sont très perméables à l’oxygène. Le plus important est de laisser parfois la cornée respirer. Cela se fait d’autant mieux la journée, lorsqu’elle est libre et que les larmes éliminent facilement les poussières et polluants. »

Qui peut bénéficier de lentilles d’orthokératologie ?

Les lentilles d’orthokératologie corrigent la myopie jusqu’à -4D et l’astigmatisme jusqu’à -2,5D, les deux en même temps si besoin. « Elles offrent une véritable alternative à la chirurgie pour toutes les personnes qui souhaitent être libérées de leurs lunettes ou lentilles la journée mais qui ne veulent ou ne peuvent être opérées, notamment en cas de contre-indication ou si la vue n’est pas stabilisée (myopie en évolution, presbytie débutante…), résume le Dr Lim. Parfois, elles peuvent aussi être utilisées lorsque les lentilles ordinaires ont été déconseillées. Les sportifs et professionnels exerçant en milieu aquatique ou poussiéreux se montrent particulièrement intéressés. » Le spécialiste équipe des pompiers, rugbymen, nageurs, surfeurs… et des joueurs de pelote basque, nombreux dans sa région d’exercice.

Les enfants et adolescents peuvent aussi bénéficier de la technique. « Il n’y a pas d’âge minimal pour porter des lentilles, précise le médecin. Cependant, l’idéal est d’attendre que l’enfant sache respecter les précautions d’hygiène pour mettre et ôter ses lentilles seul, en général dès 8-10 ans. Il semble même que l’orthokératologie permette de stabiliser la myopie chez l’enfant, une étude internationale est en cours pour le confirmer. »

Les contre-indications absolues sont rares, elles concernent principalement les personnes atteintes de pathologies touchant la surface de la cornée comme les dystrophies cornéennes, le kératocône (dégénérescence de la cornée)… En cas d’insuffisance lacrymale ou de cornée déjà très plate, il est possible de faire l’essai mais le résultat est plus aléatoire.

Quels sont les risques et effets secondaires de l’orthokératologie ?

La nuit, à moins d’avoir à se lever fréquemment pour des activités demandant une vue correcte (s’occuper d’un nourrisson par exemple), les lentilles sont rarement gênantes. Elles peuvent toutefois se déplacer, ce qui perturbe la vision du lendemain, ou induire des halos nocturnes chez les personnes à larges pupilles.

Une crainte, après des années d’utilisation, est que la cornée se déforme définitivement. « Après deux ans, nous avons montré qu’elle ne bouge pas et, dans les pays qui utilisent la technique depuis plus de quinze ans, il n’y a pas eu de problème particulier, relève le Dr Lim. Comme seul l’épithélium cornéen subit des modifications et qu’elles restent transitoires, nous avons toutes les raisons de penser que l’orthokératologie n’induit pas de complications. Cependant, il est vrai que nous manquons encore d’études à long terme pour garantir sa totale innocuité. »

Comme avec toute lentille, le risque est surtout infectieux. Au début des années 2000, des équipes chinoises rapportaient des cas d’ulcères de cornée, notamment chez des enfants et adolescents. Les spécialistes insistent sur les règles d’hygiène concernant les lentilles mais aussi leurs étuis et solutions à renouveler régulièrement. Les parents doivent être particulièrement attentifs à la façon dont procèdent les plus jeunes et consulter dès le moindre signe suspect (rougeur, douleur…). Une mauvaise adaptation peut aussi irriter la cornée et augmenter le risque infectieux.

« Après dix ou vingt ans, il est possible que nous constations certaines modifications de la cornée, similaires à celles observées avec les lentilles ordinaires, mais cela n’a pas été démontré« , ajoute le Dr Lim.

Une méthode qui tarde à se développer

L’orthokératologie existe depuis les années 1960. Longtemps, la technique était uniquement proposée par des opticiens ou d’autres professionnels non médecins. Les ophtalmologistes se montraient particulièrement réservés d’autant qu’ils ne savaient pas encore comment se modifiait la cornée.

Puis les appareils de mesure se sont perfectionnés. Ils permettent désormais de proposer des lentilles adaptées en s’assurant qu’elles sont bien tolérées. La biocompatibilité et la perméabilité des matériaux utilisés pour leur fabrication ont aussi progressé. L’orthokératologie, un temps abandonnée au profit de la chirurgie, est d’abord revenue en Asie et en Amérique du Nord. En France, les ophtalmologistes s’y intéressent depuis seulement deux ou trois ans.

Le Dr Lim attribue en partie le retard français à un certain conservatisme : « Les chirurgiens-ophtalmologistes trouvent l’orthokératologie plutôt logique dans la mesure où elle reproduit transitoirement ce qu’ils obtiennent grâce à l’opération (kératectomie). Cependant, les lentilles ne sont pas leur spécialité. C’est celle des ophtalmologistes-contactologues qui, jusqu’à ces dernières années, étaient peu sensibles à la technique. »

Selon le Dr Jean-Bernard Rottier, président du Snof (Syndicat national des ophtalmologistes de France), il existe moins d’une vingtaine d’ophtalmologistes capables d’adapter les lentilles d’orthokératologie, ce qui rend la technique peu accessible en pratique. Comme le Dr Lim, il observe toutefois qu’elle suscite un intérêt croissant chez ses confrères contactologues. Le nombre de praticiens formés devrait donc rapidement augmenter. Restera à les répertorier.

De leur côté, les laboratoires sont déjà mobilisés. En France, en 2004, seul Technolens fournissait des lentilles d’orthokératologie aux normes européennes, les Ortho-K. Aujourd’hui, Precilens propose les DreamLite et Menicon les Z-Night. Des recherches sont en cours pour concevoir des modèles capables de corriger aussi l’hypermétropie et la presbytie.

En pratique : comment éviter les déconvenues ?

– Il est essentiel de s’adresser à un ophtalmologiste-contactologue formé à l’orthokératologie. Les opticiens ne sont pas autorisés à prescrire et adapter des lentilles, quelles qu’elles soient. Lors de la première consultation, le spécialiste s’assure de l’absence de contre-indication, prend les mesures de la cornée et remet l’ordonnance des lentilles.
– L’opticien est chargé de les commander. Le Dr Lim insiste : « Il est important de régler au moyen d’un chèque qui ne doit pas être encaissé avant d’être sûr de la correction obtenue. »
– Les lentilles sont généralement disponibles la semaine suivante. Un nouveau rendez-vous au cabinet d’ophtalmologie permet d’apprendre à les manipuler en respectant les règles d’hygiène.
– La première visite de contrôle a lieu le lendemain de la première nuit passée avec les lentilles. Les faibles myopies sont parfois déjà corrigées. Les rendez-vous suivants sont de plus en plus espacés : après une semaine de port nocturne, deux ou trois semaines, trois mois, six mois, puis tous les ans.
– L’adaptation coûte entre 250 et 400 € selon le lieu de résidence. La paire de lentilles 200-250 € pour les moins de 16 ans, 400-460 € pour les adultes, 250 € en cas de renouvellement chez Technolens. Menicon propose une offre intermédiaire aux étudiants. Certaines mutuelles remboursent une partie des frais.
– Les lentilles d’orthokératologie se renouvellent tous les 12-18 mois. Il est parfois conseillé d’avoir une paire de secours. Le Dr Lim juge cette précaution onéreuse inutile : « En cas de perte ou de casse, il est facile de recommander même une seule lentille quitte à recourir aux lunettes quelques jours. »

Audrey Plessis, novembre 2012

source : doctissimo.fr


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