Prix des lunettes: Marc Simoncini a-t-il raison de voir rouge?

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mars 28th, 2013

Category: Business, Opticiens

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Le fondateur de Meetic repart à l’assaut des acteurs traditionnels du marché de la vue. Marc Simoncini, qui a lancé en 2011 un site de vente en ligne de lunettes et lentilles de contact, estime qu’à cause de leur mainmise, les prix sont bien plus élevés en France que dans le reste du marché européen. Une comparaison de fait difficile à établir dans la mesure où les modèles et la TVA diffèrent.

Marc Simoncini a les géants du marché de l’optique dans le viseur. Le créateur de Meetic, qui a investi dans un service de vente de lunettes en ligne, Sensee, tempête sur les ondes et sur internet ce mercredi. A ses yeux, le prix des lunettes pourrait être réduit de 30% en magasin et de 70% sur Internet. « L’optique en France est très chère, c’est la plus chère d’Europe », affirme l’entrepreneur. Il estime même que « l’optique en France est surfacturée d’1,5 milliards d’euros, essentiellement par les grandes chaînes de distribution optique. » Il dit tirer ses informations d’une étude exclusive réalisée par des économistes indépendants. Dans le viseur de Marc Simoncini se trouve le groupe Essilor, l’un des leaders du marché, accusé d’empêcher une baisse des prix en refusant que ses verres de qualité ne soient vendues sur internet, ce qui en légitimerait l’offre auprès du public, et empêcherait de réaliser des comparaisons.

Réticences d’Essilor

De fait, le fabricant de verres rechigne à commercialiser ses produits haut de gamme sur la toile, au motif que la vente type de verre doit être encadrée par des professionnels. « Nous pouvons être amenés à vendre des verres simples sur certains sites internet réglementés mais aucune des grandes marques d’Essilor n’y sera présente (…) La visite chez l’opticien reste la meilleure façon de protéger et corriger sa vue », avait ainsi affirmé Hubert Sagnières, le PDG du groupe, dans une interview à l’hebdomadaire Investir-Journal des Finances publiée le 27 avril 2012.

Prix moyen des lunettes en France : 587 euros

Mais qu’en est-il du prix pour les consommateurs ? D’abord, en France, quelque 11,18 millions de montures de lunettes (soit une hausse de 4,4%) ont été vendues l’an dernier, selon une étude du cabinet GfK publiée en mars. Dans le même temps, si le prix de la monture seule se réduisait de 4 euros en moyenne par monture à 121 euros, l’ensemble verre + monture grimpait de 10 euros. « Le prix moyen pour deux verres progressifs et une monture optique de premier équipement s’établit à 587 euros TTC », indique Marie Legrand, chef de groupe chez GfK consumer choice, dans un communiqué. Un prix qui diffère, bien sûr, du coût réel pour les ménages puisqu’ils peuvent bénéficier de remboursements de la part de la Sécurité sociale et éventuellement de leur mutuelle.

Tous les Européens ne chaussent pas les mêmes lunettes

Il faut surtout garder à l’oeil que, selon les pays, le type de lunettes le plus souvent acheté n’est pas le même. Un « Observatoire du marché » en 2012, réalisé pour la publication spécialisée Bien Vu, indique par exemple que les Français consomment 10% de plus de verres progressifs que les Britannniques et 16% de plus que les Italiens. « Le prix d’achat et très différent et la TVA n’est pas la même d’un pays à l’autre », confirme Henry-Pierre Saulnier, président de l’Union des opticiens en France. Mettre en parallèle le prix moyen en Europe a donc ses limites.

La part du gâteau se réduit pour les opticiens traditionnels

Ensuite, comparer les prix entre vente en ligne et vente « physique » n’aurait guère plus de sens, dans la mesure où les commerces apportent aussi un service supplémentaire avant et après la vente.

En revanche, de fait, le très grand nombre de distrbuteurs en France n’a pas contribué pour autant à faire baisser les prix. Les opticiens « physiques » sont aujourd’hui un peu plus de 11.000 dans l’Hexagone, selon le président de l’Union des opticiens, Henry-Pierre Saulnier. Une situation qui pèse sur leurs résultats respectifs. En moyenne, le chiffre d’affaires par magasin était ainsi de 534.000 euros par an en 2006. Il est aujourd’hui de 507.000 euros, d’après GfK. (voir graphique ci-dessous).

Chiffre d’affaires annuel moyen TTC des opticiens français

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Cette tendance à la multiplication des points de vente s’explique par une évolution de fond. Avec le vieillissement de la population, la demande de lunettes s’accroît. Entre 2011 et 2012, les chiffre d’affaires global du secteur grimpait ainsi de 1,2% pour atteindre 5,8 milliards d’euros en France, selon GfK. De quoi attirer de nouveaux acteurs. Ainsi, outre ces points de vente physiques, de nouveaux venus du web tiennent aussi à profiter de ce marché en hausse.

C’est le cas chez l’un de nos voisins européens, la Grande-Bretagne. En effet, l’an dernier, le marché de la vue y a grimpé de 9,3%. Et si la vente sur internet n’y représente que 6%, cette part a crû de 20%. Autrement dit, le gâteau grossit, et ce sont de plus en plus les vendeurs en ligne qui en profitent.

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En France, si l’enjeu du e-commerce semble inquiéter les grands acteurs du secteur, cela ne semble pas être le cas de la majorité du panel d’opticiens interrogés par GfK, puisqu’ils sont 65% à déclarer qu’ils ne voient pas le web comme une menace. Et pour cause, la vente de lunettes par ce biais reste encore très marginale. D’après le Crédoc, seuls 2% des achats en ligne concernent des lunettes de vue ou des lentilles, ces derniers étant d’ailleurs majoritaires lors de ce type d’achat. Le coup de sang de Marc Simoncini risque donc de ne pas suffire à convertir l’ensemble des Français, ni à faire baisser les prix…

Voici l’interview de Marc Simoncini publiée sur le portail Yahoo :

source : latribune.fr


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