« Soins d’optique : vive la concurrence » par Nicolas Le Pape

By
février 4th, 2014

Category: Business

Nicolas Le Pape, professeur de sciences économiques à l'université de Caen.

Nicolas Le Pape, professeur de sciences économiques à l’université de Caen.

Dans le cadre du projet de loi Hamon sur la consommation, les députés ont acté, mi-décembre, le principe d’une ouverture plus large à la concurrence du secteur de l’optique.Point de vue par Nicolas le Pape, professeur de sciences économiques à l’université de Caen.

D’une part, la direction des magasins d’optique ne sera plus nécessairement assurée par un opticien lunetier, ce qui facilitera l’entrée de la grande distribution sur ce marché. D’autre part, avec l’obligation faite aux ophtalmologues d’inscrire sur les ordonnances l’écart pupillaire du patient, la vente de lunettes correctrices sur Internet en sera également stimulée.

On aurait pu s’attendre à ce que Benoît Hamon, ministre délégué chargé de l’Économie sociale et solidaire et représentant de l’aile gauche du PS, soit réticent à ce mouvement de libéralisation. Quels sont donc les bienfaits attendus qui l’ont poussé à favoriser cette intensification de la concurrence ?

Elle devrait d’abord favoriser l’accès aux soins d’optique car le constat d’un lien entre le pourcentage de porteurs de lunettes et le revenu témoigne que certains renoncent à ces soins en raison de leur coût. Elle devrait aussi permettre de transférer aux consommateurs, sous forme de gains de pouvoir d’achat, une partie des rentes de situation dont bénéficient actuellement les opticiens et dont témoignent leurs marges confortables (supérieures à 200 %, selon l’UFC-que choisir). Elle devrait enfin permettre de mieux combattre les comportements d’optimisation de factures consistant, pour un opticien, à proposer un produit à prix élevé non pas parce qu’il est adapté au client, mais par ce qu’il permet de maximiser le montant du remboursement de ses lunettes par sa complémentaire de santé.

Cela étant dit, cette intensification probable de la concurrence sur le prix ne présente-t-elle pas un risque sur la qualité des produits d’optique, et donc sur la santé de leurs utilisateurs ? Ce risque est faible car l’essentiel de l’innovation de produit se fait en amont. La production de verres est quasi-monopolisée par Essilor qui détient 90 % du marché français. Et la production de montures, largement importées, est quant à elle dominée par le groupe italien Luxottica.

Doit-on alors craindre qu’il y ait un risque sur la qualité des prestations offertes par les opticiens aux consommateurs ? A priori non, puisque cette nouvelle forme de concurrence va contraindre les opticiens à justifier des tarifs plus élevés par une qualité de service plus grande. L’écrémage se fera alors au détriment de ceux dont l’offre ne se différenciera pas véritablement de celle des opérateurs en ligne qui proposeraient une faible qualité de service et dont les tarifs élevés ne seraient pas justifiés.

Reste une autre crainte pour les opticiens : celle du « showrooming ». Cette pratique consiste, pour un consommateur, à acheter en ligne et à prix bas après avoir pris des conseils en magasins dans le seul but d’identifier le produit dont les caractéristiques sont les mieux adaptées à ses goûts et à ses besoins. Si ce risque est bien réel pour des biens de consommation courante, il l’est moins pour des produits d’optique qui, par leur nature, rendent la clientèle très sensible à l’établissement de relations personnalisées et de long terme.

source :entreprises.ouest-france.fr


You must be logged in to post a comment.

%d blogueurs aiment cette page :